INTERVIEW

Les hôtels, des lieux évènementiels à part

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Habitué à intervenir dans tous types de lieux sur des manifestations aussi variées que nombreuses, Marc Parisy, directeur de production indépendant, nous fait part de son expérience en milieu hôtelier.

Vous avez l’habitude de travailler dans des lieux aux configurations variées.
Quelles sont les problématiques spécifiques d’un hôtel ?

Ce n’est pas un lieu comme les autres. Il y a une vie dans un hôtel, en marge de l’événement que l’on veut y organiser. Il faut respecter les clients et ceux qui travaillent pour eux. Il faut savoir gérer des contraintes parfois difficiles à concilier. Organiser un événement passe souvent par une transformation du cadre avec tout ce que cela peut compter de nuisances. Fabriquer un décor fait parfois un peu (voire beaucoup) de bruit, prend de la place, monopolise un certain nombre de personnes et peut modifier l’ergonomie du lieu… Il faut trouver le bon équilibre pour ne pas être trop intrusif et ne pas gêner la vie de l’hôtel et de ses occupants.

Tout repose sur vos épaules. C’est une grosse responsabilité…

Tout repose sur la qualité des équipes du lieu et de la relation mise en place avec eux. Il faut pouvoir travailler en confiance avec une équipe organisée en 3×8, autrement dit avec parfois trois interlocuteurs différents pour un même poste. Le directeur de production travaille en direct avec chacun des membres de l’équipe – responsable technique, concierge, chef cuisinier… –, il doit savoir identifier les caractères, les compétences pour savoir ce qu’il peut demander ou attendre de chacun.

Quel est votre souvenir le plus fort dans ce genre d’environnement ?

Je me souviens d’une avant-première organisée au Novotel Tour Eiffel pour « Alice au pays des merveilles » de Tim Burton et pour laquelle nous avions réalisé un décor recréant l’univers du réalisateur. Nous avions entièrement transformé l’intérieur de l’hôtel, imaginant tout un cheminement en bois pour conduire les invités de l’entrée à la salle de projection. Compte tenu de l’ampleur du chantier, nous avons dû travailler de nuit et dans des endroits suffisamment isolés pour ne pas troubler la tranquillité des clients de l’établissement.

Un de vos plus gros casse-tête ?

Dans un autre Novotel, nous avons organisé un lâcher de ballon : un seul ballon mais d’un diamètre de 4 mètres environ ! Il était chargé d’un mélange gazeux pour que le public puisse jouer avec. Le problème, c’est que nous ne pouvions pas faire de test préalable et il nous était donc impossible de savoir si la formule gazeuse était suffisamment bien dosée pour éviter que le ballon ne s’envole trop ou qu’il soit trop lourd et risque d’écraser le public. Nous avons résolu le problème en installant un système de drisse pour guider le ballon et le faire remonter rapidement. Si le rendu final était finalement assez proche de ce que nous avions imaginé, la méthode pour réaliser l’opération était assez différente de ce que nous avions prévu sur le papier. Il y a toujours une part d’improvisation dans l’événementiel.

UN HOMME-ORCHESTRE NOMMÉ « DIRPROD »

Le périmètre d’intervention du directeur de production varie énormément en fonction du client et du contexte. Incontournable dans l’organisation d’un événement, il peut intervenir en amont, dès la prise du brief, travailler en brainstorming avec l’agence sur la conception, sur la rédaction de la recommandation, sur l’étude de la partie budgétaire, la constitution des équipes – interne ou externe –, la sélection des prestataires… Il a un rôle de coordination sur le projet, intervient en pré-production et en production de l’opération. Tout dépend des ressources humaines et techniques dont disposent déjà les différents acteurs du projet (agence, client, lieu). Véritable chef d’orchestre de l’opération, le Dirprod, contrairement à l’agence, n’assume pas le risque financier, il n’avance pas d’argent pour la réservation et l’achat de prestation. Capable de constituer des équipes, il n’est pas habilité à les rémunérer. Plus l’événement nécessite des moyens techniques et humains importants en organisation, plus il est préférable de s’appuyer sur une agence et un directeur de production (intégré ou pas à cette agence). « Ce n’est pas le nombre de participants qui doit guider le choix, prévient Marc Parisy : certains événements de 25 personnes sont plus complexes que d’autres qui en réunissent 150. »